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L'astrologie :
Une approche transdisciplinaire :
Texte extrait de Science et astrologie de Alain
Nègre, 1998.
Copyright : Alain Nègre. The Jung Page. Centre Universitaire
de Recherche en Astrologie.
Professeur à
l'Ecole Polytechnique, Université Joseph Fourier, Grenoble.
Alain Nègre enseigne l'Informatique et l'Electronique. Il
est l'auteur de Entre
science et astrologie, Editions SPM, 1994.
L'impasse d'une
astrologie scientifique :
<< Tous les sondages réalisés ces dernières années le
prouvent : la croyance à l'astrologie progresse, et ce,
malgré les tentatives répétées des mouvements rationalistes
qui essaient en vain de montrer l'incohérence de ses propos
au regard des acquis de la science. Pourtant, si l'on se
place du point de vue de la physique ou de la biologie, il
est extrêmement facile d'en détecter des incohérences. Les
arguments anti-astrologiques n'ont pratiquement pas changé
depuis Ptolémée et sont aujourd'hui régulièrement resservis.
Cependant, même sans faire appel à ces sempiternels
arguments (par exemple celui de la précession des
équinoxes), il est un jeu d'enfant de montrer l'absurdité
des propos astrologiques par rapport aux lois que la science
a mis en lumière. On pourrait facilement en conclure que si
les gens continuent à croire à l'effet des planètes ou des
signes du zodiaque sur le caractère, les qualités, les
défauts, le comportement, voire l'avenir des êtres humains,
et ce, malgré l'évidence scientifique, c'est que l'enjeu de
l'astrologie se situe autre part, en dehors du champ de la
science.
Avant
d'essayer de préciser la façon dont on pourrait la
considérer aujourd'hui, il faut rappeler qu'elle est issue
du modèle le plus ancien et certainement le plus harmonieux
qui a dominé la tradition de la culture occidentale pendant
des millénaires jusqu'à l'origine des temps modernes. Cette
vision globale régit l'ensemble des phénomènes de l'univers
à partir de quelques principes simples et rationnels. Les
planètes ou " astres errants ", la lune, le soleil, les
étoiles, sont des êtres vivants, animés et même divins.
Leurs mouvements s'inscrivent sur des sphères concentriques
dont l'emboîtement constitue autour de la terre une carapace
protectrice. Tout ce qui existe jusqu'à la limite des
étoiles fixes constitue un être vivant dont les aspects
relèvent d'un même type d'interprétation basé sur un système
de correspondances, de sympathies et d'harmonies. Les
phénomènes de la nature visible s'enchevêtrent avec des
puissances invisibles. La réalité participe du naturel et du
surnaturel. L'ordre dans l'homme imite celui du ciel, avec
les restrictions imposées par l'appartenance au domaine
sublunaire de la génération et de la corruption. Pour un
individu donné, la constitution physique et morale, les
prédispositions pathologiques du tempérament dépendent de
l'état du ciel et des relations mutuelles entre les planètes
à l'instant de la naissance.
Mais le
moment vient où ce système de pensée est contredit par des
faits nouveaux qui ne peuvent plus être intégrés à cette
vision du monde. C'est l'apparition en Occident au début du
XVIIème siècle d'un nouveau mode de pensée défini par une
conception mécaniste du savoir prenant pour emblème
l'horloge ou l'automate. La nature est une immense machine
et ce schéma va s'imposer dans tous les domaines de la
pensée. Le succès éclatant de la science mécaniste reléguera
l'astrologie dans l'oubli jusqu'à la fin du XIXème siècle.
De nos jours, en dépit de sa nouvelle popularité et des
attaques dont elle est l'objet par les rationalistes, elle
ne semble plus guère susciter chez les scientifiques qu'une
curiosité rétrospective figurant au musée des erreurs de
l'histoire des sciences.
Cependant, avec l'émergence d'une nouvelle physique qui
remet en cause la conception mécaniste de l'univers machine,
les limites de la rationalité ont brusquement éclaté et nous
vivons aujourd'hui une véritable révolution intellectuelle
où les vieilles dualités corps-esprit, âme- matière n'ont
plus le même sens. La physique quantique en particulier a
mis en évidence une mystérieuse indivisibilité de la matière
que l'on connaît mieux sous le terme de non-séparabilité -
mystérieuse car ce phénomène ne peut pas se comprendre de la
façon classique, selon l'esprit dominant de la physique
classique qui consistait à dire que l'on pouvait comprendre
le monde en le divisant en parties de plus en plus petites
(molécules , atomes, noyaux). Cette manière de voir les
choses avait très bien réussi et continue de marcher tant
qu'on ne prête pas attention à la texture intime des choses,
tant qu'on ne porte pas son attention en-deçà d'un niveau de
réalité qui est celui des particules, celui de la constante
de Planck qui est un nombre extrêmement petit mis en
évidence par le physicien Planck en 1900. Lorsqu'on atteint
ce niveau, il faut, en effet, utiliser une nouvelle
physique, la physique quantique qui est une nouvelle façon
de voir les choses. Et, en interprétant ce que cette
physique quantique nous dit de la réalité des choses, on est
effectivement conduit à considérer cette réalité comme étant
non-séparable, c'est-à-dire qu'elle forme un bloc, une
totalité. On peut ainsi parler d'une "indivisibilité du
tout". L'expérience a été réalisée et a été concluante: on
prend deux particules qui ont été unies, qui sont donc dans
un état identique et on les laisse se séparer. Et on
constate que les deux particules, bien que séparées dans
l'espace, sont instantanément en corrélation. Le fait
d'effectuer une mesure sur l'une des particules a un effet
mesurable sur l'autre, comme si l'une "savait" ce qu'est
l'état de l'autre, même à très grande distance. Comme ces
corrélations sont instantanées, on ne peut pas invoquer une
interaction qui, si elle existait, devrait se propager à la
vitesse de la lumière qui, à 300 000 km/s prend tout de même
un certain temps.
La
conclusion de cette expérience, c'est que chaque point de
l'univers est relié au niveau quantique à tous les autres
points de l'univers. Ce phénomène semble effectivement
rappeler l'interdépendance universelle dont parlaient les
anciens où toute partie de l'univers était comme en
sympathie avec les autres parties, interdépendance
universelle qui est le fondement de l'astrologie. Certains
n'ont pas manqué hélas, ignorant les conditions de validité
de cette non-séparabilité, de citer cette expérience pour
affirmer que les nouvelles données apportées par la science
moderne confèrent à l'astrologie une dimension scientifique.
En s'engouffrant dans le même filon, d'autres ont même
essayé de montrer que l'astrologie était une science en tant
que telle en échafaudant des théories inspirées par la
physique ou la biologie. Comme il est d'usage de le faire
vis à vis de toute nouvelle théorie scientifique, on serait
en droit de demander : avez-vous des preuves de ce que vous
avancez ? Avez vous observé des phénomènes ou réalisé des
expériences vérifiant votre théorie ? Si tel était le cas en
effet, ces travaux devraient être publiés dans des revues
spécialisées et soumis à l'analyse et à la critique des
scientifiques comme le sont les études des phénomènes
rythmiques naturels ou culturels, micro ou macroscopiques,
qui sont des travaux de recherche véritablement
scientifiques.
En se
soumettant à l'épreuve de l'expérience et de l'observation,
la récente discipline appelée chronobiologie faisant état de
déterminismes cycliques liés aux phénomènes géocosmiques est
une science à part entière. C'est dans ce même esprit qu'ont
été présentés des travaux lors de récents colloques qui ont
démontré l'influence sur l'être humain des cycles lunaires
et solaires. L'intérêt tardif de la communauté scientifique
pour ce type de phénomènes est en partie dû aux liens perçus
par certains scientifiques, avec l'astrologie, marquant
ainsi ces travaux de valeurs négatives et péjoratives. Cela
n'est pas sans rappeler l'à-priori anti-astrologique
manifesté par Galilée au XVIIème siècle lequel refusait de
considérer que la lune puisse avoir des effets sur les
marées terrestres sous prétexte que cela relevait de
l'astrologie et non de la science. Or aujourd'hui l'action
de la lune sur les marées tout comme sur bien d'autres
phénomènes terrestres ont trouvé une explication
incontestée.
Dans la
mesure où ils respectent la méthodologie scientifique, ces
travaux visant à mettre en évidence des corrélations ou des
liens de causalité entre le cosmos et l'être humain sont
valables même s'ils sont suscités par des motivations
astrologiques. En aucun cas cependant, on ne doit les
confondre avec l'astrologie. En effet, s'ils respectent les
critères de scientificité de la discipline dans laquelle ils
se placent et sont vérifiés par l'expérience ou
l'observation, que prouvent-ils? Tout simplement que
fonctionnent les lois de la physique, de la chimie, de la
biologie, etc. Ils signifient que telle ou telle discipline
scientifique fonctionne lorsqu'on l'applique aux phénomènes
géocosmiques. Bien différente est l'attitude des défenseurs
de l'astrologie qui argumentent à l'aide de théories sans
preuves. Ils ne font qu'ajouter de la confusion dans un
monde où le savoir parcellaire est devenu tel qu'il est
extrêmement difficile d'avoir une réflexion sur les
conditions de validité et la signification de sa discipline
spécifique.
Ceux qui
sont enclins à croire à l'astrologie sont en quelque sorte
confortés par ces théories sans preuves colportées par les
tenants de ce mode de pensée. Ces pratiques sont d'ailleurs
loin d'être spécifiques au milieu astrologique. Face à un
public toujours friand de théories fascinantes, poussant
toujours plus loin les limites de l'espace, de la matière et
du temps, certains chercheurs, quelquefois après avoir
conduit des travaux tout à fait recevables, se mettent à
déraper. Ils introduisent dans leurs théories des notions ou
des concepts tels que l'âme, la psyché ou des équivalents,
toutes entités que la science, pour pouvoir se constituer,
avait fait disparaître. Bien entendu, ce type de
réintroductions dans la méthode scientifique moderne permet
de tout expliquer dans le domaine des rapports de l'esprit
et de la matière. Bien que ces savants soient ignorés ou
critiqués par leur collègues, leur " aura " dans le public
amateur d'astrologie n'en est pas amoindrie. On sait que la
science est connotée de façon négative depuis la fin de la
seconde guerre mondiale ; être " victime " de l'opprobe des
scientifiques attire plutôt la sympathie. Citons le
physicien Jean Charon très apprécié pour ses écrits qui en
est venu à doter l'électron d'une âme, après des travaux sur
la relativité consacrés par ses pairs. De même et dans une
veine en lien plus direct avec l'astrologie, le biologiste
Etienne Guillé a commencé par l'observation et l'analyse
scientifiques de traces de métaux susceptibles de se fixer
sur l'ADN. Ces métaux sont ceux qui, traditionnellement,
étaient reliés aux sept planètes. Par la suite, Etienne
Guillé a défini des " énergies vibratoires " dont les
fréquences sont mesurées à l'aide d'un pendule. De ces
théories hélas et des expériences ou observations qui
pourraient servir à les prouver, on ne trouve trace dans
aucune publication scientifique. On se demande d'ailleurs
comment on pourrait concevoir un protocole expérimental
permettant de comparer objectivement les propriétés
spirituelles des électrons ou les énergies vibratoires de
l'ADN . Que l'on formule l'objection en terme de
réfutabilité ou de principe d'économie selon lequel on doit
éviter d'introduire des entités arbitraires ou inutiles, il
est clair qu'il s'agit alors de théories philosophiques ou
métaphysiques peut-être, mais certainement pas de science.
D'autres
tentatives visant à prouver l'astrologie, délaissant la
recherche des causes ou influences célestes, utilisent les
statistiques afin de mettre en évidence des corrélations
entre l'état du ciel et les comportements humains symbolisés
par leur carte du ciel. Elles ont été utilisées par des
mouvements rationalistes, parfois en collaboration avec des
associations astrologiques. Dans tous les cas, elles ont
donné des résultats qui invalident l'existence d'influences
astrales sur la personnalité ou le destin d'êtres humains.
On peut lire la description de nombreuses expériences de ce
type dans " The Skeptical Inquirer ". Les revues et
les congrès astrologiques exposent de nombreux travaux qui
consistent à faire apparaître des corrélations entre, par
exemple des cas d'alcoolisme et certaines configurations de
la planète Neptune ou bien encore entre l'inspiration ou le
génie et certains aspects de la planète Uranus. Rarement
conduites sur plus d'une quinzaine de cas, ces études ne
peuvent avoir de véritable valeur statistique. Bien entendu,
elles ne font l'objet d'aucune expertise et
contre-expertise. Si peu probantes qu'elles soient, elles
contribuent néanmoins à brouiller les cartes et à donner de
l'astrologie une dimension faussement scientifique.
Attardons-nous à présent sur deux travaux récemment examinés
et dont les résultats semblent aller dans le sens d'une
vérification de l'astrologie. Madame Suzel Fuzeau-Braesch,
directeur de recherche au Centre National de la Recherche
Scientifique a démontré qu'une population de 238 paires de
jumeaux dont les cartes du ciel presqu'identiques ne
diffèrent que par " l'ascendant ", exhibent des
comportements différents en rapport avec la signification de
leur " ascendant ". Ces travaux font apparaître 153 réponses
favorables à l'astrologie sur 238. Henri Broch, professeur
de physique à l'université de Nice, y a relevé de nombreuses
lacunes : manque de nombreux paramètres, refus de
communiquer des renseignements sur la procédure précise et
les méthodes statistiques utilisées, naissances
hypothétiques...
Réalisée
sur une plus grande échelle, la tentative de Michel et
Françoise Gauquelin a débuté en 1955. Elle a consisté à
montrer l'existence de corrélations entre la position des
planètes à l'instant de la naissance et certaines
caractéristiques humaines. La corrélation la plus marquée
est celle que l'on désigne sous le nom d'"effet Mars". Elle
concerne la position de la planète Mars à l'instant de la
naissance et les prouesses sportives. En accord avec
Gauquelin, le Comité Français pour l'Etude des Phénomènes
Paranormaux, créé entre autres par le prix Nobel Alfred
Kastler, s'est attaqué au problème en 1981, en élargissant
nettement l'échantillon initial de Gauquelin. Il est apparu
qu'en choisissant " assez bien " l'échantillon, Gauquelin
arrivait à trouver des écart-types significatifs. Mais
l'élargissement important de l'échantillon réalisé avec le
CFEPP en accord avec les Gauquelin a nettement montré que
ces écarts-types se réduisent de plus en plus pour tendre
vers zéro. Dans ce cas non plus, la polémique n'est pas
close. Suitbert Ertel, professeur de psychologie à
l'Université de Göttingen, a montré que l'effet Mars
augmente avec la notoriété du sportif.
En
attendant les réplications de ces derniers travaux, on peut
admettre qu'ils semblent corroborer une certaine relation
entre les phénomènes célestes et la personnalité de certains
êtres humains. On doit cependant noter la faiblesse des
résultats en faveur de l'astrologie: seulement 153 réponses
favorables sur 238 pour l'étude sur les jumeaux. Quiconque a
sincèrement étudié l'astrologie et s'est penché sur son
thème natal sent bien qu'au plus profond de son intériorité,
dans la mesure où il est capable d'un minimum
d'introspection, l'astrologie est " vraie " : le sentiment
de coïncidence psychique éprouvé avec l'univers depuis la
nuit des temps n'a pas été effacé par trois siècles de
matérialisme scientifique. Il y a bien présence d'un "
phénomène astrologique " : la carte du ciel de naissance
reflète les structures les plus profondes de l'âme humaine.
Comment se fait-il alors que ce phénomène ne se manifeste
pas d'une manière aussi nette dans les travaux statistiques
?
La réalité du symbole :
Il faut
bien en conclure que l'astrologie ne se laisse pas
facilement capturer par les filets grossiers des
statistiques. Si, après étude, elle est perçue en accord
avec notre intériorité, c'est qu'elle renvoie à une réalité
plus subtile, bien différente de celle qu'étudient les
sciences de la nature. Ces dernières refusent les
ambiguïtés. Ceci est patent en physique classique. Mais même
en physique quantique où les formalisations font apparaître
des dualités du type onde-particule (nous en reparlerons),
il n'en demeure pas moins que l'acte de mesure conduit à la
manifestation d'un événement unique et bien défini. Il faut
dire que les sciences modernes sont précisément issues de la
rupture avec l'usage de la logique de l'ambivalence dans
laquelle se maintient l'astrologie, tout comme les mythes de
la pensée archaïque. Or, au plus profond de notre
intériorité, des forces contradictoires existent et nous les
ressentons. La plupart des traités astrologiques soulignent
cette ambivalence dans l'interprétation des symboles. Pour
prendre un exemple parlant dans le cadre de l'astrologie des
douze signes, l'ancien Président de la République Valéry
Giscard d'Estaing, Verseau, manifesta bien des qualités
propres à son signe. Il innova lors de son intronisation :
il décida de descendre les Champs Elysées à pied, de rendre
visite à des prisonniers, de rencontrer des éboueurs, de
s'inviter chez des gens simples... Mais les valeurs du signe
opposé, le Lion, étaient également très présentes chez lui.
Amateur de chasses royales, admirateur de Louis XV, il remit
à l'honneur l'ancienne coutume des rois de France consistant
à n'avoir personne en vis-à-vis lors des repas. On se
rappellera aussi son attrait pour les diamants de Bokassa...
On comprend bien alors que les statistiques ne puissent
rendre compte de telles manifestations contradictoires du
comportement humain. La science statistique correspond à un
type de pensée qui s'est efforcé de séparer les termes
opposés et de refuser à chaque terme d'inclure en lui
quelque chose d'un autre terme. Elle permet de mettre en
évidence des phénomènes bien réels mais qui ne peuvent être
en rapport qu'avec les objets particuliers des sciences de
la nature où la notion d'âme a disparu. S'il était donc
réellement prouvé, et ceci sans l'ombre d'un doute, que les
astres ont tendance à déterminer les destins des sportifs de
haut niveau ou les traits distinctifs des jumeaux, les
scientifiques seraient bien obligés de prendre acte de ces
phénomènes et de les intégrer dans le cadre d'une nouvelle
discipline à créer ou déjà existante. Ils feraient bien
d'éviter un nouvel à priori anti-astrologique analogue à
ceux qui se sont exercés au XVIIème siècle contre Kepler qui
affirmait l'influence de la Lune sur les marées ou contre
Newton qui, dans sa théorie de la gravitation remettait à
l'honneur les forces à distances, réminiscences des forces
obscures de l'alchimie. Car si de la même manière
aujourd'hui, la réalité des phénomènes décrits plus hauts
était confirmée, des pans entiers du corpus scientifique
seraient alors remis en question et la connaissance
scientifique pourrait accomplir de nouveaux progrès. En
aucun cas cependant, ces nouveaux faits ne conféreraient à
l'astrologie un label scientifique. Au mieux, cela pourrait
renouveler la science, nous en reparlerons plus loin avec
Kepler. Et il faut s'en féliciter car la science, grâce à sa
méthodologie chèrement acquise à travers les siècles, nous
permet de définir le monde de mieux en mieux et d'y voir
plus clair dans l'obscurité de la matière, en permettant la
reprise de nos projections. Quoiqu'il en soit, l'astrologie
resterait l'astrologie, c'est-à-dire renvoyant toujours à
cette réalité subtile dont nous parlions tout à l'heure,
subtile et infinie et le demeurant même si l'effet Mars et
les effets constatés sur les jumeaux finissaient par tomber
dans le domaine de la science.
Cette
réalité subtile est bien sûr celle du symbole, réalité
souvent décriée, en premier lieu par les tenants de
l'astrologie scientifique qui s'étonnent quelquefois,
s'exclamant : " Mais alors, vous dites que l'astrologie ne
serait que du symbole? " Le ton est donné par ce " ne que "
dédaigneux. Il témoigne du statut inférieur dans lequel on
relègue ce qui, hier, dans notre propre culture et
aujourd'hui encore dans l'ensemble des cultures non
occidentales, possède une réalité tout aussi " réelle " que
la réalité matérielle. C'est ce rejet du symbole qui
explique actuellement celui de l'astrologie par l'université
et les sphères culturelles. Car s'il est problématique
d'admettre de nos jours l'astrologie dans le cadre d'un
domaine d'étude authentique, ce n'est pas seulement lié à la
dégénérescence qu'elle a subie, à l'exploitation éhontée qui
en est faite et que tout le monde peut observer dans presque
tous les médias. C'est bien davantage à cause de la
dévaluation du symbole qui s'est opérée pendant les deux
derniers siècles. La science du symbole s'est tellement
obscurcie que le mot lui-même en est venu aujourd'hui à
signifier tout autre chose qu'à l'origine, et à désigner,
indifféremment, les feux de circulation, les sigles, les
signes mathématiques ou les images des rêves. D'où la
difficulté présente de distinguer dans l'astrologie ce qui
relève d'une science de la nature, - qui n'a rien à voir
avec l'astrologie - et l'astrologie en tant que telle qui
relève du symbole, c'est- à-dire d'un plan transcendantal,
un plan métaphysique qui est celui des essences.
Il est
regrettable que les sciences humaines se méfient de cette
discipline, il est vrai tant décriée, et limitent son étude
aux seules perspectives sociologique, historique ou
ethnologiques. Il serait pourtant salutaire d'essayer de
comprendre à quoi correspond sa résurgence aujourd'hui,
plutôt que de l'abandonner aux charlatans de l'horoscope. Au
lieu de la laisser se constituer comme croyance ou nourrir
les débats stériles entre sciences et " parasciences " il
serait préférable d'essayer de rendre raison de sa réalité
propre. Précisons que si elle ne peut être science de la
nature, l'astrologie ne peut pas davantage être une science
à l'instar de la psychologie comme certains voudraient le
prétendre. Cette fausse conception est sans doute véhiculée
par la contamination des interprétations astrologiques avec
l'esprit du temps très axée sur le psychologique. Les
racines de cette nouvelle tendance peuvent être trouvées
dans des ouvrages tels que L'astrologie de la
personnalité et De la psychanalyse à l'astrologie.
Les astrologues sont ainsi conduits à croire faussement que
l'astrologie possède des outils conceptuels et pratiques,
pouvant être mis en oeuvre dans une " astrothérapie " alors
qu'il n'existe dans l'astrologie aucun outil conceptuel à
l'instar de ceux mis au point par les fondateurs de la
psychanalyse par exemple.
Astrologie et psychologie des profondeurs :
En
résumé, disons que l'astrologie ne peut être science - ni
humaine ni de la nature - mais, en revanche, elle peut être
objet de science: de la science des formes symboliques, de
la science des religions, ou de la science de la psyché - la
psychologie. En aucun cas, répétons-le, elle ne peut être
science elle- même. Quiconque aujourd'hui se penche sur son
thème astrologique ou en demande une interprétation,
accomplit un acte qui relève du " psychologique ". Freud
avait écarté l'astrologie et les autres disciplines "
occultes " de son champ d'étude, les reléguant dans ce a
qu'il avait appelé " les boues noires de l'occultisme ".
Pour Jung en revanche, aucune production de la psyché
humaine ne pouvait constituer réellement un déchet à mettre
au rebut ; tout devait avoir un sens, à condition de trouver
le tout dans lequel l'élément s'intégrerait. Ainsi,
l'astrologie ne peut être abordée aujourd'hui que dans la
perspective psychologique, c'est-à-dire que ce qui,
auparavant était vécu comme provenant des astres, est
compris aujourd'hui comme une projection de l'inconscient.
Pour Jung, la plus grande partie de ce que nous désignons
aujourd'hui comme psychique, résidait, avant l'avènement de
la science, dans la matière animée de l'univers. " Depuis
que les étoiles sont tombées du ciel et que nos symboles les
plus sublimes ont pâli, une vie secrète règne dans
l'inconscient. C'est pourquoi nous avons de nos jours une
psychologie et c'est pourquoi nous parlons de l'inconscient.
Tout cela serait et est même, en fait, entièrement inutile à
une époque et dans une forme de civilisation qui possèdent
des symboles ".
Tout ce
monde intérieur qui était vécu par projection sur l'écran du
monde extérieur, Jung s'est efforcé de lui reconnaître une
réalité qui lui est propre. Il a eu le grand mérite d'avoir
redécouvert empiriquement l'âme du monde constituée par la
multitude des dieux de la nature qu'il appelle l'inconscient
collectif ou la psyché objective. De s'affronter à la
compréhension de l'astrologie et des autres " fantômes de
l'imagination des siècles " lui a valu d'être suspecté de
mysticisme et même de magie. Pourtant Jung agit en véritable
scientifique. Voici comment il décrit sa démarche à l'un de
ses correspondants : " J'observe, je classe, j'établis des
relations et des organisations séquentielles entre les faits
observés, et je montre même qu'une prévision est possible.
Lorsque je parle de l'inconscient collectif, je ne le pose
pas comme un principe, je donne seulement un nom à la
totalité des faits observables, c'est-à-dire aux archétypes
".
La
définition la plus claire de l'archétype ainsi que le
rappelle Michel Cazenave n'est pas du tout celle d'une image
originaire ni la condensation des résidus archaïques d'une
substance inconsciente. C'est une forme vide, une forme a
priori de l'aperception du monde, une structure de
l'inconscient qui en se manifestant dans notre monde, dans
notre vie sensible, se dérobe du même coup qu'elle se charge
de représentation et fait ainsi surgir les images
archétypiques ou symboles. Cazenave rappelle la parenté
objective des archétypes avec les formes du champ collectif
de l'imagination de Lacan ainsi qu'avec l'inconscient vide
mais formateur de Lévi-Strauss et les travaux de
l'anthropologie contemporaine des formes de parenté.
Comme
Freud, Jung se réclame de la méthode empirique mais rejette
l'interprétation causale exclusive des phénomènes
psychiques. Ces derniers sont aussi et plus encore orientés
vers une fin ou plutôt un chemin à suivre qu'il appelle
l'individuation ou la réalisation du " Soi ", archétype de
la totalité humaine. Jung suggère l'hypothèse tout
particulièrement originale et hardie de la synchronicité
afin que certains aspects de la réalité non contenus dans la
description causale de la nature puissent être compris comme
des phénomènes synchronistiques, sans que l'on doive pour
autant opérer une régression vers la forme archaïque de la
pensée magique causale.
Ainsi, à
la lumière de ses travaux, les planètes, les signes du
zodiaque, ne sont pas des archétypes, mais des images
archétypiques ou des symboles. Mars Mercure Vénus, en
astrologie, représentent les puissances d'agressivité,
d'initiative (Mars), de communication (Mercure), d'amour
(Vénus), qui sont en nous, que nous avons typifiées et
projetées sur les planètes qui nous semblaient le mieux
exprimer ces qualités. Et le sentiment de coïncidence
psychique que nous pouvons avoir avec l'univers de notre
naissance n'est pas dû à l'influence physique de ces
planètes mais au fait que nous sommes nés avec, en
synchronicité avec l'univers tel qu'il était à notre
naissance. Jung exprime cette correspondance en disant que
"nous sommes nés à un moment donné, en un lieu donné, et
nous avons, comme les crus célèbres, les mêmes qualités de
l'an et de la saison qui nous ont vu naître".
Astrologie et unité potentielle du monde :
En
collaborant avec le physicien Wolfgang Pauli, Jung a abouti
à la conclusion que l'inconscient n'est pas limité au
domaine de la psychologie, mais se trouve en relation avec
les structures de la matière. Matière et psychisme ne
constitueraient plus deux mondes séparés, voire antinomiques
mais plongeraient leurs racines dans une structure
originaire unique que Jung, reprenant les philosophes du
Moyen Age appelle l'unus mundus. L'astrologie relève de ce
plan. Mais, à travers ses racines, la science aussi, procède
de ce même plan. Car la véritable histoire des sciences fait
bien ressortir comment ceux qui créent la science s'appuient
sur les formes symboliques qui émergent de l'inconscient. Un
exemple parmi d'autres est celui de Kepler, le fondateur de
l'astronomie nouvelle au XVIIème siècle. On savait depuis
longtemps que Kepler s'adonnait à l'astrologie. C'était,
comme l'ont qualifiée les historiens des sciences au XIXème
siècle, la " mauvaise part " de Kepler. Or, comme on peut
s'en rendre compte aujourd'hui en lisant ses oeuvres
récemment traduites, les images symboliques de l'astrologie
qui parsèment ses écrits étaient partie intégrante de sa
recherche scientifique. Elles lui étaient consubstantielles
et ce sont ces symboles qui l'ont guidé vers la formulation
de nouvelles hypothèses qui sont à la base de la science
moderne. Kepler tout comme Newton et tous les grands
inventeurs des sciences ont eu besoin, pour créer la science
moderne, de s'appuyer sur les images symboliques de
l'alchimie, de l'astrologie ou même sur d'autres éléments,
mais dans tous les cas, sur tout autre chose que la science.
Ainsi, on peut dire en fait, que toute vision de la réalité,
qu'elle s'exprime par des mythes ou des modèles, est une
projection de l'inconscient. Toute vision de la réalité,
destinée à ordonner le chaos, que cette vision soit
religieuse ou scientifique, est une projection de
l'inconscient, c'est-à-dire qu'elle repose sur un état de
complète similitude entre la psyché inconsciente et le monde
extérieur. Bien entendu, la science n'en reste pas au niveau
de la vision ; il se met en place un processus de
discrimination et de mise en ordre qui aboutit, en physique,
à des lois exprimées en langage mathématique. L'esprit
humain a tendance à s'attacher à ces visions comme s'il
s'agissait de vérités éternelles, mais vient un moment où il
prend conscience que les phénomènes observés ne coïncident
plus à la vision, à l'hypothèse, ne correspondent plus à la
théorie ou au modèle scientifique utilisé. On prend ainsi
conscience qu'il s'agit d'une projection, qu'il faut
abandonner l'hypothèse en question et chercher de nouveaux
schémas.
Ainsi la
science, comme l'astrologie, est une projection de
l'inconscient sur l'inconnu de la matière et du cosmos.
Science et astrologie sont des projections du savoir de
l'inconscient qui est un savoir diffus, non sachant, que
Jung a appelé le savoir absolu. Il décrit ce dernier, pour
souligner son aspect diffus, comme un "nuage de savoir".
C'est à ce niveau du savoir absolu de l'inconscient,
c'est-à-dire de l'unité potentielle de l'ensemble de
l'univers, que science et astrologie sont une seule et même
chose. Et ce n'est que lors de la prise de conscience de ce
savoir diffus, non sachant de l'inconscient, par l'humanité
dans son ensemble et par chacun d'entre nous en particulier
que sont engendrées les diverses formes symboliques, les
concepts scientifiques et les lois de la physique. Mais nous
ne sommes plus alors dans le plan de l'unité potentielle de
l'univers. Nous sommes dans un tout autre niveau de réalité,
celui de la manifestation développée du monde sensible.
C'est là que se particularisent, que se différencient les
systèmes religieux et que s'établissent les différentes
disciplines scientifiques. C'est là qu'apparaissent les
formes dites archétypiques par opposition aux formes vides
que sont les archétypes. Car les archétypes, ces noyaux ou
structures de l'inconscient, Jung le rappelle à plusieurs
reprises, ne sont pas perceptibles par la conscience. Ce
sont des formes vides, des matrices sans contenu qui se
remplissent du contenu de la conscience par exemple dans le
rêve d'une personne particulière ou, dans le cas d'une
culture donnée, des éléments particuliers de cette culture.
D'où l'absurdité des débats portant sur la validité de tel
ou tel système astrologique, en particulier autour de cette
fameuse question de la précession des équinoxes : l'occident
a utilisé, en gros depuis 2000 ans, le zodiaque mobile des
signes (lié aux saisons) car sa culture, sa forme de
civilisation relativement changeante est davantage en
rapport avec cette image archétypique de la totalité que
constitue le zodiaque mobile des signes. Donc illusion de
chercher, à ce niveau de la manifestation, une unité entre
les différents systèmes d'astrologie. Et illusion encore de
rechercher, à l'intérieur de ce même plan, un rapprochement
entre la science et l'astrologie. D'où la nécessité
pressante aujourd'hui de considérer plusieurs niveaux de
réalité.
La reconnaissance de l'existence de différents niveaux de
réalité :
Aujourd'hui, le nouvel esprit scientifique est en train
d'abandonner l'ancienne conception strictement matérialiste
du monde en acceptant des réalités d'un autre mode que celui
de la réalité immédiate dans laquelle nous vivons. Outre le
psychologue Jung et le physicien Pauli, de nombreux autres
chercheurs, physiciens ou philosophes des sciences, ont été
amenés à faire l'hypothèse d'un champ transcendantal : monde
impliqué de David Bohm, le réel voilé de Bernard d'Espagnat,
le champ sub-quantique d'Ervin Laszlo... Paradoxalement,
c'est de la physique qui, à l'époque scientiste au XIXème
siècle prétendait imposer sa méthode à tous les autres modes
de savoir, qu'est venue la nécessité de considérer au moins
deux ordres différents de réalité :
- la réalité des objets macroscopiques de la vie de tous les
jours, régie par la logique aristotélicienne de l'identité
de la non-contradiction et du tiers exclu. Autrement dit :
une table est une table et n'est pas une chaise.
- la réalité des objets quantiques,
déjà évoquée avec le phénomène de non-séparabilité qui est
l'expression d'une certaine totalité indivise de l'univers.
Si nous essayons de comprendre le comportement de ces objets
en utilisant la logique classique, nous aboutissons à des
paradoxes. C'est le cas de la lumière interprétée
traditionnellement comme corpuscule puis onde à partir du
XIXème siècle lorsque domina la théorie ondulatoire, jusqu'à
l'émergence en 1930, de la théorie des quanta. Depuis lors,
on pense que la lumière est constituée par des entités d'un
type nouveau à la fois onde et particule. La logique
classique (principe d'identité, de non-contradiction et de
tiers exclu) doit ici céder la place à la logique du tiers
inclus qui met en évidence un autre niveau de réalité où ce
qui apparaît comme désuni et contradictoire (onde ou
particule) est perçu comme uni et non-contradictoire.
Certains physiciens ne peuvent admettre cette conception.
Jean-Marc Lévy-Leblond compare la situation à celle qu'ont
connue les premiers aventuriers qui, débarquant en
Australie, " ont aperçus dans les cours d'eaux où ils
cherchaient de l'or d'étranges bêtes à bec et à poils qu'ils
ont baptisés " duckmole " (canard-taupe). Les aborigènes,
eux, les appelaient d'un nom spécifique : " mallingong " (ou
" boondaburra "). Il fut hélas remplacé par le pesant et
savant " ornithorynque " (ou " platypus " pour les
Anglo-Saxons), car il ne s'agissait pas d'hybrides, à la
fois canard et taupes, mais bien d'êtres nouveaux et
jusque-là inconnus. En ce qui concerne la lumière, le
physicien voit bien que dans les appareils où il la
manipule, dans les équations où il la décrit, elle n'est en
fait ni onde ni particule - et non pas à la fois l'une et
l'autre, et pas davantage tantôt l'une, tantôt l'autre,
comme on le dit encore trop souvent. " On passe ici à
un niveau de réalité encore plus profond où disparaissent
simultanément l'identité, la non-contradiction et le tiers
exclu.
C'est
dans le cadre de ces nouveaux paysages épistémologiques
ouverts par la physique quantique qu'il est possible de
situer le lieu de l'astrologie et de préciser la nature de
ses possibles liens avec la science. Il est nécessaire
d'utiliser une nouvelle rationalité, une rationalité ouverte
permettant le dialogue entre les différentes sciences et
l'expérience intérieure. C'est une approche récente qui a
pris le nom de transdisciplinarité qui est à comprendre aux
deux sens du préfixe trans : ce qui est au-delà de toute
discipline et ce qui traverse toutes les disciplines
possibles. L'article 3 de la Charte de la
Transdisciplinarité précise que " la transdisciplinarité est
complémentaire de l'approche disciplinaire ; elle fait
émerger de la confrontation des disciplines de nouvelles
données qui les articulent entre elles ; et elle nous offre
une nouvelle vision de la nature et de la réalité. La
transdisciplinarité ne recherche pas la maîtrise de
plusieurs disciplines, mais l'ouverture de toutes les
disciplines à ce qui les traverse et les dépasse ".
Avec ses
protocoles, ses exigences et ses modes d'existence tout à
fait spécifiques, la science opère à un niveau d'être tout à
fait distinct de celui de la quête d'intériorité inspirée
par l'esprit que représente l'astrologie. Toutes deux
décryptent la même unité potentielle du réel mais chacune à
partir de niveaux d'être possédant leurs propres lois. Dans
sa vaste enquête sur les rapports de la science et de l'âme,
Michel Cazenave a été amené à distinguer une hiérarchie de
quatre plans d'existence entre l'être et nous. Il est
intéressant de les citer ici car ils montrent clairement où
et comment science et astrologie sont d'une certaine façon
profondément unies et d'autre part tout à fait distinctes.
1. Les étants : lieu de la psychologie du conscient et des
phénomènes relativement séparés de la physique classique
macroscopique. Y règne la logique du tiers exclu (a est a et
n'est pas b). Par exemple, en astronomie : la planète Mars
est la planète Mars et n'est pas la planète Vénus.
2. Le tout-de-l'étant : lieu de la
totalité de la psyché personnifiée en un individu, de la
physique relativiste et de la physique quantique
phénoménales. De ces globalités actuelles s'originent les
étants particuliers.
3. Le plan de l'être : lieu d'une
totalité potentielle de la psyché objective transcendante,
de l'unus mundus, du réel fondateur de la mécanique
quantique où règnent les paradoxes et paires de
complémentaires (conscient - inconscient, onde - particule).
La logique est ici à tiers inclus (a est à la fois a et b).
C'est aussi le lieu des archétypes et des symboles
astrologiques qui peuvent signifier aussi bien une chose que
son contraire. Le symbole Mars par exemple peut se
manifester tout autant dans le comportement destructeur d'un
tueur en série que dans l'acte guérisseur d'un chirurgien.
4. L'être inconnaissable et
imparticipable, au-delà de toute contradiction et de toute
identité, où a n'est ni a ni b.
Dans cet agencement, l'astrologie comme tout autre art
symbolique relève des deux derniers niveaux où psyché
objective et matière coïncident dans leur potentialité
unitaire. La science quant à elle, ne traite que des objets
séparés, multiples et actualisés des deux premiers niveaux.
Mais, comme le dit Cazenave, ces quatre plans se reflètent
les uns les autres, le dernier renvoie au premier.
Le zodiaque, miroir de l'être et grille de lecture :
Ainsi,
on ne peut expliquer l'astrologie par la science, pas plus
que les archétypes d'ailleurs. En revanche, on peut en
percevoir les reflets. Certains prétendent que l'on peut y
voir l'avenir. Il y a fort à parier qu'à l'exception de
certains travaux en astrologie mondiale, la plupart des
prévisions astrologiques se révéleraient fausses si une
étude exhaustive était réalisée. La justesse de certaines
prévisions ne serait vraisemblablement due qu'au simple
hasard statistique. Si quelques événements, mondiaux comme
l'éclatement du bloc de l'Est, ou nationaux, comme des
changements de majorité politique, ont été effectivement
prévus, cela semble relever davantage des connaissances en
géopolitique et du sens de l'histoire de leurs auteurs.
L'astrologie joue effectivement un rôle, mais seulement en
résonance sur la grille des possibles que constituent le jeu
infini des " aspects " astrologiques.
On peut
comprendre que la solitude du pouvoir amène encore
aujourd'hui certains " princes qui nous gouvernent " à
s'entourer d'astrologues. Leurs conseillers préfèrent
adopter (espérons-le!) les méthodes scientifiques de la
prospective, peut-être moins poétiques ou spectaculaires
mais mieux adaptées au monde contemporain. Car tout ce qui,
avant la différentiation astrologie-astronomie relevait de
la projection sur l'avenir se retrouve aujourd'hui dans les
prévisions scientifiques. C'est en effet l'un des rôles de
la science que de prévoir l'avenir tout en précisant les
limites de ce pouvoir prédictif. Ce ne devrait plus être
celui de l'astrologie. Il est remarquable que ni les
fondateurs de la psychanalyse, ni les thérapeutes
contemporains n'aient encouragé une quelconque pratique
prédictive. Il n'est pas question d'en nier la possibilité
pour l'astrologie ; car la connaissance inconsciente du
savoir absolu qui gît dans les couches les plus profondes de
la psyché permet un tel " survol du temps ". En effet, cette
connaissance est en dehors du temps ou plutôt, elle est
étalée sur toutes les dimensions du temps aussi bien passées
que futures. Mais c'est un savoir diffus qui ne permet pas
la description d'un événement d'une façon tout à fait
exacte. Seule peut être esquissée l'image plus ou moins
floue des possibilités qui se présentent, ce que Marie
Louise von Franz appelle la "qualité des événements
possibles". Utiliser l'astrologie pour considérer les
événements décousus du passé, pour chercher à les relier et
leur donner un sens est certes une pratique valable. Mais de
trop fréquentes interrogations sur l'avenir sont, à terme,
préjudiciables, car cela détourne l'attention de " l'ici et
maintenant ". Cela éloigne l'astrologie du seul sens qu'elle
puisse avoir à l'approche du XXIème siècle : nous présenter,
à travers les symboles de la carte du ciel de naissance, les
contradictions dues aux aspects non assumés de notre
personnalité et permettre, en dialoguant avec ceux-ci, de
prendre conscience du " Soi ", la totalité essentielle de
notre psyché.
Sur un
autre plan, l'astrologie est aussi appelée " mère des
sciences ". Sa très riche structure symbolique n'est-elle
pas maintenant en mesure d'inspirer la science dans
l'élaboration de nouveaux outils propres à saisir les
toujours renouvelés aspects du réel qui lui échappe? Comme
l'a montré Jung, les archétypes effectuent un mouvement
d'ensemble qu'il appelle circumambulation. Il s'agit d'un
mouvement de rotation des archétypes autour du " Soi " qui
est l'archétype central, sur-ordonnateur de l'ensemble des
archétypes. Le zodiaque des douze signes est un mandala
(symbole de la totalité), illustrant parfaitement cette
ronde des archétypes. Harmonieusement structuré par les
nombres, principalement les nombres quatre (éléments feu,
terre, air et eau) et trois (qualités cardinale, fixe et
mutable), c'est une grille de déchiffrage très riche qui
utilise un langage conceptuel en puissance, une sorte de "
mathématique qualitative ". La structure zodiacale
circulaire permet une lecture à la fois en mode de
succession grâce à la ronde des signes et en mode de
simultanéité grâce aux aspects d'opposition et de
quadrature. Bien avant de permettre la lecture d'une
histoire individuelle ou collective, l'astrologie a été
perçue par les anciennes traditions égyptiennes,
babyloniennes, indiennes, islamiques comme reflétant la
création et l'évolution du monde. L'astrologie est, avant
tout, une cosmogonie. Or aujourd'hui, existe une cosmologie
scientifique qui démontre, preuves à l'appui, que l'univers
a une histoire, c'est-à-dire que celui-ci a eu un début,
aura une fin et, dans certaines interprétations, qu'il est
susceptible d'avoir une évolution cyclique. Il est
remarquable que les différentes étapes de cette histoire
recoupent la signification des douze signes du zodiaque. A
l'aide de la structure zodiacale, on peut ainsi pointer
certaines relations au sein des nouvelles théories
cosmologiques qui perdent pied à l'approche du temps zéro de
l'univers et renouveler la réflexion pouvant faire émerger
qui sait, une nouvelle approche scientifique du problème de
la singularité de l'origine. Bien entendu, dans cette
utilisation de l'astrologie, il importe de ne jamais
confondre les totalités manifestées, examinées par la
science, avec la totalité potentielle du plan de l'être
illustrée par le zodiaque.
La vérité de l'astrologie :
Ceux qui
cherchent à prouver l'astrologie par la science perpétuent
la croyance de Bertrand Russell au début du siècle pour qui
" il n'y avait de vérité que scientifique ". Cette
conception scientiste de la vérité se situe dans le
prolongement de la conception traditionnelle de la vérité
qui a dominé la pensée occidentale depuis Aristote. Pour
Aristote, " les discours vrais sont semblables aux choses "
(De Interpretatione). Conception reprise au Moyen- Âge par
St Thomas d'Aquin pour qui la vérité est "adéquation". Puis
au XVIIème siècle par Descartes, qui pense la vérité d'une
représentation comme certitude dans la mesure où elle
garantit la rectitude, c'est-à-dire l'accord avec l'objet
représenté. Et même plus récemment chez Kant qui, en écho à
Aristote écrit que " c'est uniquement dans le jugement,
c'est-à-dire uniquement dans le rapport de l'objet à notre
entendement qu'il faut placer la vérité aussi bien que
l'erreur."
La
vérité de l'astrologie ne peut se poser en ces termes. Pour
qui médite son thème de naissance, il y a certes, adéquation
entre la représentation de l'univers vu à la naissance et
son "vécu" intérieur. Mais, en ce qui concerne l'astrologie,
il s'agit d'une représentation symbolique de l'univers.
Aucun système d'interprétation symbolique n'est absolument
vrai. Le symbole est caractérisé par sa polysémie, son
foisonnement multivoque. C'est un langage opaque susceptible
d'une infinité d'interprétations. Au contraire du langage de
la science qui cherche à expliquer, à rendre compte des
phénomènes naturels, le langage symbolique tel que celui de
l'astrologie demande à être interprété et à nous conduire au
coeur de notre intériorité. La carte du ciel n'est pas une
représentation conventionnelle mais plutôt le chemin d'un
sens caché, d'une unité à retrouver qui est l'unité avec la
structure archétypique de notre être.
La
vérité de l'astrologie est ainsi la vérité du symbole.
Vérité plus originaire que celle qui se conçoit comme
adéquation avec la chose, c'est une vérité qui appartient à
l'essence de l'être. Elle n'est pas pensée en terme d'accord
mais de dévoilement, comme dans l'allégorie de la caverne de
Platon. Ce statut de la vérité repris par la tradition
néoplatonicienne, on le retrouve, au Moyen-Âge chez Saint
Bonaventure pour qui la vérité " ne vient pas de l'existence
de la matière, puisque celle-ci est contingente, ni de son
existence dans l'esprit, puisque ce serait une fiction si la
chose n'existait pas en fait ; elle découle de l'exemplarité
de l'archétype divin qui détermine les propriétés et
l'enchaînement mutuel de toutes les choses d'après les
desseins de la sagesse éternelle ". Cette conception d'une
vérité essentielle on la retrouve évidemment chez Jung, dans
son processus d'individuation au terme duquel l'individu
perçoit sa propre vérité. C'est la vérité singulière de
chacun, ce qui ne signifie pas pour autant qu'il y aurait
relativisation de la notion de vérité. Il s'agit de la
vérité du " Soi ". C'est la vérité éprouvée dans la
méditation du mandala personnel que constitue la carte du
ciel. >>
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